On rigole pas avec Colon


Voilà une anecdote de voyage qui m’a fait beaucoup rigoler ; pas parce que l’histoire est drôle mais parce que elle est écrite avec de l’humeur, avec ce sentiment latino de tirer le meilleur en temps de tempête.

C’est l’histoire d’un français qui fait le voyage du monde en bateau privé et qui débarque à Porto-Rico, où il rencontre quelques soucis avec le département de la Homeland Security des Etats-Unis. Quelques précisions à faire, ce que le Porto-Rico n’est pas un état de l’union mais plutôt un sort de commonwealth. Anyway, ce qu’il faut savoir ce que pour entrer au Porto-Rico il nous faut l’autorisation du gouvernement américain.

J’aurais bien aimé poster un commentaire sur le site, mais la navigation n’étant pas trop amicale, j’ai finalement décidé de partager l’histoire via ce site.

Porto Rico – Le fiasco

Publié le 31 janvier 2011 par bandrieux
 

N’ayant pu accéder à Cuba, Etienne a passé ce mois à Porto Rico. Un mois studieux, apparemment. Et Je ne vois aucune opposition à le prendre directement sur place avec Poé, puisque même si ce n’est pas exactement notre route, cela me semble particulièrement intéressant au niveau culturel et surtout en terme de musique et de danse. Porto Rico étant un au lieu de la salsa de style… porto-ricain.

Jean-François et moi prenons donc la mer depuis Saint Martin vers Porto Rico, et plus précisément vers la ville de Ponce, située à un peu plus de 200 miles nautiques, soit une navigation tranquille au portant d’un peu moins de 2 jours. Nous partons le soir de manière à arriver le matin du surlendemain sur cette nouvelle escale.

E.S.T.A.

Porto Rico est un état américain, et chacun sait que pour entrer sur le territoire américain il faut effectuer une demande de visa. Nous avons fait cela 2 jours avant, afin d’être sûr de ne pas rencontrer de problème. Je me suis connecté sur le site ESTA que l’on utilise à chaque fois que l’on va aux USA ou que l’on y fait escale.

Je saisis les infos de Jean-François et précise que nous sommes sur un voilier nommé Poé Maïa. La procédure se déroule parfaitement et moyennant 14 $, JF a son autorisation.

Pour ma part, j’avais déjà une autorisation active depuis un voyage en Floride et un transit via Los Angeles, je n’ai donc eu qu’à modifier la définition du trajet en précisant Sint Marteen comme point de départ et Ponce à Puerto Rico comme arrivée. Aucun problème tout fonctionne, on a les visas en pdf. Nous partons tranquillement.

Arrivée à Ponce

Porto Rico

Au matin du samedi 29 janvier, nous longeons les abords de Ponce. L’île est très belle, très sauvage et nous constatons qu’il y a encore beaucoup de place disponible par ici. Nous n’avons pas trop d’indication de mouillage ou d’accès, nous rentrons donc prudemment dans la grande baie qui s’ouvre à nous. Un port de plaisance est immédiatement accessible sur la droite en entrant. Nous approchons et constatons quelques bateaux mouillés ainsi qu’un quai à carburant complètement vide. Entre temps nous avons eu Etienne au téléphone qui cherche à nous rejoindre avec sa voiture de location. Ayant tenté de joindre les autorités portuaires en vain à la VHF, nous nous approchons et sommes cordialement accueilli par le pompiste qui nous autorise à rester là le temps de faire nos formalités. C’est à ce moment que nous apercevons Etienne qui fait de grands gestes pour nous saluer. Retrouvailles après un mois de séparation. Sympa.

Le guide des escale autour du monde est très clair. Tout bateau arrivant sur Porto Rico doit se signaler par téléphone à la douane et attendre leur visite à bord. Le type de la pompe nous précise qu’il y a un téléphone à disposition pour cela au bureau du port auquel je me rends immédiatement.

En effet, un téléphone gratuit est prévu pour appeler les douanes, c’est excellent ! je donne les mille renseignements nécessaire au préposé en ligne, et réponds que bien sûr nous avons les visas qui nous permettent d’entrer ici, quelle question… Après m’avoir dit qu’une équipe arrivait dans les 10 minutes, nous raccrochons.

Nous en profitons pour demander un accès wifi à la responsable du bureau du port qui nous offre une carte 6 heures ! vraiment sympa l’accueil. Tout est beau, tout est propre et tout est parfaitement organisé. On est aux states, pas de doute.

Formalités à bord

La voiture officielle arrive avec 2 officiers à l ‘américaine. Chaussures noires nickel, uniforme impeccable, médailles de partout, insignes, badge, pistolet, menottes, bombes lacrimo, tazer, lunettes de soleil, etc. Nous les saluons et rapprochons le bateau pour qu’ils montent à bord. Jean François tend la main à l’officier masculin qui fait un véritable bond en arrière ! It’s ok, don’t touch me. Ils ont l’air tendu.

Une fois dans le carré, je propose un verre d’eau, un café, quelque chose. Nothing, il ne veulent rien. La prudence est de mise, la confiance ne l’est pas… et l’entretien commence. On sort les papiers demandés, passeports, carnet de francisation du bateau, clearance de sortie de Saint Martin, etc. Pendant que l’officier des douanes consulte tout cela, l’autre personne, une femme fait le tour du bateau et nous demande de retirer immédiatement les fruits et légumes qui sont dans le filet à l’extérieur et de les ranger au fond du bateau. Idem pour le jambon cru. Interdit d’avoir cela en évidence ici. « Il est aussi formellement interdit de jeter vos poubelles à Porto Rico. Si vous désirez vous séparer de vos ordures, vous devez contacter cette société privée qui se déplacera et vous fera payer. Attention, toute infraction est punie d’une amende de 700 $ »… Ok on garde nos poubelles.

L’officier des douanes reprend la parole d’un ton inquiétant et sévère. Il déclare « vous n’avez pas de visa dans vos passeports. Où sont-ils ? avez-vous un numéro de visa ? ». Je réponds que nous avons effectué, comme d’habitude, la démarche sur ESTA et que j’ai les pdf à lui montrer s’il le désire. Je suis même étonné qu’il n’ait pas déjà cette information avec lui… Sur quoi il me fait les grands yeux et m’explique frénétiquement que nous venons d’entrer illégalement sur le territoire américain, rien que ça !

C’est beaucoup plus violent à entendre que « vous êtes rentrés illégalement au Maroc », et ça ne rigole pas. Je me défends et explique sans comprendre que nous avons fait notre démarche sur ESTA et que nous sommes en règle. Que le système nous a fourni une autorisation de pénétrer aux USA et que par conséquent, je ne comprends pas ce qui nous est reproché. A ce moment, il demande à Etienne de descendre du bateau car il ne fait pas partie de l’équipage qui vient d’arriver. Le ton monte.

Et là, l’explication de la part de l’officier Colon devient plus claire : ESTA est un système dit visa waiver qui permet aux ressortissants de 72 pays d’être exempté d’une demande de visa en bonne et due forme. « Et alors, nous faisons bien partie de ces 72 pays ? ». « Oui, mais cela n’est valable que pour une entrée par un vol ou une croisière COMMERCIAL« . Si vous entrez avec un avion ou un bateau privé, il faut un vrai visa d’ambassade !!! ce qui n’est pas du tout le cas, en effet. Et personne ne savait cela, évidemment.

A ce moment là, j’ai encore du mal à comprendre. Je proteste en expliquant que cela n’est pas clair, que cela fait plusieurs fois que je passe aux US, que le système ESTA en question n’a rien précisé quand j’ai saisi POE MAIA comme adresse et bateau, et qu’en aucun cas nous n’étions au courant d’une telle réglementation. En fait, c’est comme si il y avait 2 visas : un pour les arrivées par compagnies commerciales et un autre pour une arrivée à titre privé.

Cette fois-ci, Colon monte dans les tours et dit « LISTEN TO ME. I’M THE BOSS HERE, AND I’M THE LAW. YOU HAVE TO LISTEN OTHERWISE IT’S GOING TO BE ROUGH FOR YOU ! ». Vous êtes clandestins aux USA, vous devez payer une amende de 549 $ par personne + 38 $ pour le bateau. Ce n’est même pas ce qu’on dépense en un mois de croisière sur Poé Maïa…

Je proteste énergiquement « it’s not fair » et Colon appelle son chef au téléphone. Pendant ce temps, je parle avec l’officier sanitaire en lui disant que je ne comprends pas, que nous avons fait ce qu’il faut, que le système ne nous a pas contredit et que nous sommes amis. « C’est pas comme si je débarquais d’Afghanistan ». Colon met le haut parleur du téléphone et son chef me parle directement en me répétant les mêmes choses. « ESTA est un visa waiver qui permet à 72 pays de ne pas prendre de visa pour venir aux USA et que ceci est réciproque avec ces mêmes pays, mais que cela ne marche que pour un vol ou une croisière commerciale. Un vol ou une croisière privé doit nécessairement être assorti d’une demande de visa d’ambassade. Vous êtes donc clandestins et vous allez suivre l’officier Colon pour effectuer les démarches au bureau des douanes ».

Bureaux de la douane Porto Ricaine

Vraiment dépités, nous prenons nos papiers, enfin ce qu’il en reste car Mr Colon a tout gardé, et nous les suivons jusqu’au bâtiment des douanes avec la voiture de location d’Etienne. Sinon il aurait fallu que nous prenions un taxi car il n’ont pas le droit de nous transporter avec leur voiture officielle. Question de sécurité, sûrement. Après tout, nous sommes des clandestins…

Douanes Porto Rico

Arrivés au bureau des douanes, on nous fait asseoir sur de vulgaires chaises et on nous dit d’attendre. Un garde nous surveille en même temps que les diverses caméras réparties autour des lieux. On est dans un vrai bâtiment américain. Le drapeau énorme flotte dans le hall, il y a l’indicateur du niveau de sécurité contre les attentats, etc. Bien sûr, il est strictement interdit de prendre une photo, mais je ne peux pas m’empêcher de simuler un appel avec le iPhone pour en claquer une. Pardonnez-moi la qualité, c’est du travail de clandestin…

Le temps passe, une bonne heure avant qu’il se quelque chose n’arrive. Et ce qui arrive, c’est la dame officier qui vient nous dire qu’Etienne n’est pas obligé de rester là, que lui peut circuler, mais que Jean-François et moi devons rester ici. Elle conseille à Etienne d’aller chercher à manger car cela va être long. 2 ou 3 heures, dit-elle… Je suis dégoûté et un peu désolé d’avoir traîné JF dans cette galère, mais comment aurais-je pu savoir ?

Etienne propose donc d’aller faire le ravitaillement du bateau, on fait une liste et le voilà parti. Le temps tourne toujours et Colon me demande de le suivre au fond du couloir.Là il me fait entrer dans un espèce de local glauque, avec 2 ordinateurs face à face possédant chacun caméra et périphérique de prise d’empreintes digitales… Il me fait asseoir non pas au premier mais à celui d’en face, de telle manière que je sois juste en face de… la porte de la prison !!! Il faut dire que l’effet escompté est un succès, ça fait froid dans le dos !

Et là, j’ai le droit à la morale de ma vie. Sur un ton qui n’amène aucune réplique et avec la rectitude que permet la langue anglaise, il me dit en quelques mots « This uniforme represents the United States of America and you must respect that. You have to listen to me. I’m the law, and I’m the boss here. Vous avez manqué de respect à ma collègue tout à l’heure à propos d’Afghanistan. Je peux vous enfermer pour cela ! Vous êtes un clandestin sur le sol américain et nous allons essayer d’arranger votre affaire pour que vous n’ayez pas à payer les 549 $ par personne, mais il faudra partir demain avant midi. Ecoutez-moi bien, je ne rigole pas, c’est la règle et vous devez respectez la loi des Etats Unis. Le programme visa waiver (ESTA) est fait pour les transports commerciaux. Il ne fonctionne pas pour les transports privés et vous êtes en bateau privé. Alors soit vous payez et vous pourrez rester un mois ici, soit vous partez demain matin. Et si vous êtes encore là à midi demain, je vous mets les menottes et vous conduit tout droit en prison. Is that clear enough, sir ? Bien sûr que c’est clair, parfaitement clair sauf qu’on n’a pas réussi à savoir si on devait avoir quitté le port ou les eaux territoriales… Ce matin j’étais l’homme le plus libre du monde avec mon voilier sur la mer des Caraïbes et cet après-midi, je suis un clandestin menacé de prison par un officier des douanes américaines qui me traite comme un Mexicain ayant franchi le Rio Grande… Ambiance.

Il me reconduit sur ma chaise, j’ai la tête basse de celui qui vient d’être sermonné par son maître d’école pour ne pas avoir appris sa leçon… Je raconte mes déboires avec JF et Etienne et nous ne pouvons retenir quelques rires qui nous font du bien.

Le temps file encore, cela fait bien 4 heures que nous sommes là et la situation ne débloque pas. Nous ne pourrons visiblement pas visiter Ponce, la nuit tombe et nous sommes enfermés.

Enfin, au bout de 5 heures, il me rappelle du fond du couloir dans le même endroit. Ca y est, je sens que je vais passer la nuit en tôle… et non, seulement prise des empreintes, de toutes les empreintes, doigt pas doigt de chaque main et photographie anthropométrique. Ca veut dire que je suis fiché aux Etats Unis ! et dire que je viens de demander un casier judiciaire en France pour le business… Jean-François y passe aussi, sauf qu’ils n’arrivent pas à prendre tous ses doigts… le système ne marche pas bien.

Enfin, enfin, il nous sortent quelques papiers à signer pour nous laisser partir. Et là, je ne lis pas le formulaire. Trop pressé de déguerpir d’ici. Nous avons une clearance d’entrée et de sortie, 2 tampons sur nos passeports, 38 $ en moins et un expérience en plus !

Au total, nous avons passé 6 heures enfermés aux Etats Unis pour défaut de visa.

Pour couronner le tout, ce samedi soir est un peu pluvieux, et quand enfin, vers 1 heure du matin nous avons trouve le bon spot pour écouter de la bonne musique et danser un peu, on se fait refouler direct car on porte des shorts…

Nous partirons à 11h pétantes le lendemain, sans avoir rien vu de Ponce à Porto Rico, dégoûté de l’accueil qui nous a été réservé et toujours avec nos poubelles à bord…

Il nous reste un problème : nous avions demandé nos visas pour Cuba quelques jours auparavant et pensions les récupérer durant notre escale à Porto Rico et puisqu’il n’en est rien, nous ne pouvons pas aller à Cuba directement. Il nous faut une escale intermédiaire. La carte est vite analysée, ce sera la République Dominicaine (c’est là où il y a Saint Domingue et Punta Cana). Gageons que nous serons mieux reçus et que nos Dollars iront à un peuple un peu plus accueillant, mais ça, c’est le prochain article.

Cliquez ici pour le peu de photos sur Porto Rico…

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